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le Prix « Renaudot » pour un livre non édité ?

Un roman, édité à compte -d’auteur – on dit aujourd’hui pudiquement « auto édité » ou encore « édité à la demande », signé Marco Koskas, a été sélectionné en cette rentrée littéraire 2018 par le Jury d’un Prix littéraire à la notoriété et au sérieux incontestables et incontestés, le Renaudot, pour le citer. C’est la deuxième fois que le cas se produit. La qualité littéraire de « Bande de Français » de Marco Koskas n’est évidemment pas en cause, comme on dit, et les jurés sont libres de sélectionner les œuvres qui leur semblent mériter la récompense qu’ils annoncent. Non, ce qui me gène c’est que ce roman n’a pas d’éditeur, comme si un éditeur aujourd’hui ne servait plus à rien ! Comme si les auteurs n’avaient plus besoin des services d’un conseil, d’un expert, d’une politique de promotion, de diffusion et de distribution ! Donc, « Bande de Français » n’est pas édité, ou plus exactement il n’a pas d’éditeur. L’auteur s’est amusé malgré tout – en souvenir peut-être ou par dérision – à imprimer « Galligrassud » au bas de la couverture, là où habituellement figure de nom de l’éditeur. Chacun aura ri de la blague. Mais dans la réalité, Le livre n’est ni diffusé ni distribué dans les librairies par définition; Aucun d’entre eux ne le recevra « en office »; Aucun service de presse ne sera assuré sinon par l’auteur lui-même à ses frais et à ses connaissances…L’auteur a fait ce choix, et tente de faire connaitre son œuvre, et de la vendre, et c’est bien normal. Ce qui l’est moins c’est que ce livre n’a pas d’éditeur, nous l’avons déjà écrit. Mais, au cas où, il remportait quand même le Prix, grâce à ses qualités littéraires, qui sera en mesure d’assurer l’organisation de sa promotion ? Et même s’il ne l’a pas, la pub générée par le fait qu’il soit sélectionné pour le Renaudot le fait connaitre dans le grand public et suscite des lecteurs et des acheteurs potentiels…

comment y répondre ? Comment est-ce possible ? Qui va le promouvoir, qui va le mettre en place dans les librairies ? Qui va organiser les signatures, les envois, les livraisons ???

C’était pourtant, à première vue, une bonne idée que d’élargir le cercle des éditeurs parmi lesquels on sélectionne un titre, pour un grand Prix, mais ce n’est pas le cas…on passe ainsi de la sélection traditionnelle ( valable pour tous les – dits « Grands Prix littéraires), limitée à la douzaine de « grands éditeurs  parisiens » – ou nationaux, mais ayant un bureau – luxueux souvent – à Paris – à n’importe quoi puisqu’en fait, dans la réalité vraie, le livre n’existe pas. Il existe virtuellement certes, mais tant qu’il n’a pas été commandé et payé par un client potentiel, particulier, libraire, grande surface, grossiste et autre structure vendant des livres, il n’existe pas ! Il n’a pas d’éditeur pour s’occuper de sa promotion, de sa distribution et de sa commercialisation. Il n’a pas d’éditeur, et l’on sait à quoi sert un éditeur encore aujourd’hui! Cette opération liée à la rentrée littéraire reste pour moi un Grand Mystère…. On aurait élargi aux « petits » éditeurs de la capitale, même à ceux de la région parisienne – puisque tout ça en réalité reste très « parisien » – sans aller, allons, jusqu’à ouvrir aux « petits » éditeurs que sont tous les éditeurs de Province… ( Encore que…je suis persuadé que le vivier des écrivains d’aujourd’hui et de demain s’y trouve, enfoui, dédaigné, rejeté par Paris-chasse gardée…mais un jour, on ouvrira les yeux). Soit ! (C’est de l’humour), c’eut eu un sens, mais là, ça sent le copinage …Il suffit donc en effet de connaitre deux ou trois membres du jury et de les convaincre d’accepter la candidature de tel ou tel écrivain (« écrivain aujourd’hui, mais demain ?) dont le livre n’est même pas édité ! Il faut au moins le lire pour qu’il soit reconnu et récompensé, oui, mais pourra-t-il être lu et par qui à part les copains à qui on l’a envoyé ? Une nouvelle ère s’ouvre alors, peut-être pour ce que l’on appelait jusqu’à maintenant « le livre ». Sans doute ! Qui verra, verra…Bon vent à « Galligrassud » et à ses centaines de petits frères et sœurs inconnus que l’on trouvera sur des plates-formes numériques, mais rarement en librairie. On en parlera parce que figurant sur des listes de candidats aux Prix littéraires, mais personne n’y aura accès. Celui-là, en l’occurrence, peut-être, car suite à la publicité faite autour du Prix, cette campagne lui sera sans doute profitable …mais jusqu’à quel point ? Quelques libraires le commanderont…La plupart des librairies de France, de Navarre et de Corse ne le recevront pas avec leur prochain office…Ne cassez-pas le jouet. Le livre ne se passera pas si facilement ni de l’éditeur, ni du libraire, encore pour un temps du moins, me semble-t-il …

Jean-Jacques Colonna d’Istria, petit éditeur, installé en Province…

 «  Colonna édition » et «  les éditions du Scudo »

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