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La guerre au Yémen

Le Yémen est en proie à une guerre civile depuis quatre ans. Elle a débuté avec la rébellion du mouvement houthi et a donné lieu à l’intervention de l’Arabie saoudite, soutenue par une coalition internationale. Ce conflit a créé les conditions de la « pire crise humanitaire au monde », selon l’ONU. Mercredi, la coalition internationale a suspendu son offensive sur la ville portuaire d’Hodeïda, dans l’ouest du pays.
À l'origine situé dans le sud-ouest de la péninsule Arabique, le Yémen est un pays unifié depuis 1990. Le nord-ouest a été sous domination de l’Empire ottoman jusqu’en 1918, avant de devenir un imamat (monarchie dirigée par un imam, chef religieux et politique musulman), puis la République arabe du Yémen, dit Yémen du Nord. Le sud-est était une colonie britannique, devenue en 1967 la République démocratique populaire du Yémen, un État communiste, dit Yémen du Sud. Composé de plusieurs tribus, le Yémen compte actuellement 27 millions d’habitants selon des estimations de l’ONU. La majorité sont des musulmans sunnites, tandis que 42 % appartiennent au courant zaydite, une branche minoritaire de l’islam chiite, selon The Gulf/2000 Project, un projet de recherche sur les pays du Golfe persique financé notamment par l’Université de Columbia aux États-Unis. Les zaydites ont dirigé le nord-ouest du pays jusqu’en 1962. Parmi eux, un clan, les Houthis, a fondé en 1992 un mouvement cherchant à promouvoir les revendications culturelles des zaydites, marginalisés dans la société yéménite.

Les dates clés
● 2011
Comme en Tunisie ou en Égypte, un mouvement révolutionnaire émerge au Yémen en 2011, pour renverser le président du pays, Ali Abdallah Saleh. Au pouvoir depuis 1978, d’abord à la tête du Yémen du Nord, il préside le pays de manière autoritaire à partir de l’unification en 1990. Les Houthis, déjà en conflit avec le pouvoir central à plusieurs reprises depuis 2004, sont impliqués dans le mouvement révolutionnaire. Sous la pression du Conseil de coopération du Golfe, une organisation politique et économique qui regroupe six pays de la péninsule Arabique, et après avoir été victime d’une tentative d’assassinat, Ali Abdallah Saleh accepte en novembre un plan de transition approuvé par l’ONU, en échange d’une immunité pour lui et ses proches. Il cède le pouvoir à son vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi. Un régime de transition de deux ans est installé, visant à élaborer une nouvelle Constitution et à convoquer des élections, auquel les Houthis ne sont pas associés.

● 2014
Les Houthis lancent à partir de l’été 2014 une offensive territoriale, en réaction à un plan de partage du pays en une fédération de six provinces. Ce plan prévoyait un découpage ne permettant pas au gouvernorat de Sadaa d’où ils sont originaires, situé au nord-ouest, d’accéder à la mer Rouge comme ils le réclamaient, ni d’obtenir davantage d’autonomie comme ils l’espéraient. En septembre, ils prennent le contrôle de la capitale, Sanaa. Ils rencontrent peu de résistance, profitant de l’impopularité du président Hadi et bénéficiant du soutien des troupes restées fidèles à l’ex-président Saleh, avec lequel ils ont noué une alliance. En janvier 2015, ils assiègent le palais présidentiel. Hadi présente sa démission parce qu’il refuse qu’un membre des Houthis soit nommé vice-président. Il se ravise finalement, puis fuit en Arabie saoudite.

● 2015
L’Arabie saoudite, qui avait déjà appuyé le pouvoir central lors de ses combats contre les Houthis entre 2004 et 2010, lance en mars 2015 une opération militaire pour contrer leur avancée. Elle constitue une coalition avec neuf pays arabes sunnites (Bahreïn, Émirats arabes unis, Égypte, Jordanie, Koweït, Maroc, Pakistan, Qatar et Soudan), appuyée par les États-Unis en matière de logistique et de renseignement, qui intervient surtout via des frappes aériennes. « L’Arabie saoudite justifie son intervention par crainte que les Houthis remettent en cause l’union du Yémen en réinstaurant leur imamat et parce qu’elle les accuse d’être proches de l’Iran, son grand rival », explique à Brief.me François Frison-Roche, chargé de recherche au CNRS et spécialiste du Yémen. L’intervention est légitimée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui reconnaît Hadi comme le représentant officiel du Yémen et réclame que les Houthis « mettent fin au recours à la violence ».

● 2018
En janvier 2018, un groupe d’experts de l’ONU publie un rapport sur les trois années de conflit au Yémen et estime que le pays « en tant qu’État, a pratiquement cessé d’exister ». Il explique qu’il existe désormais sur place « une myriade de petits États qui se font la guerre, mais aucun n’a le soutien politique ou la force militaire suffisants pour rassembler le pays ou parvenir à une victoire militaire sur le terrain ». Outre la rébellion des Houthis, un mouvement indépendantiste se développe dans le territoire de l’ancien Yémen du Sud. Le conflit profite également aux organisations terroristes Al-Qaïda dans la péninsule Arabique et au groupe État islamique, qui ont gagné du terrain. « On assiste en quelque sorte à une explosion du pays, avec des luttes intestines qui n’en finissent pas et un président en exil complètement discrédité, qui laissent penser que la paix et un règlement politique sont loin », résume François Frison-Roche.

 

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Le chiffre

La guerre a fait près de 6 600 victimes civiles et en a blessé plus de 10 000, selon un bilan établi en août par l’ONU. Le nombre de victimes s’élève à 58 000 en intégrant les combattants, selon un décompte réalisé à partir de janvier 2016 par Acled, une organisation indépendante collectant des données sur les conflits armés. Au-delà des victimes directes, la guerre a également conduit à la « pire crise humanitaire au monde », selon une déclaration en mars 2017 du secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU devant le Conseil de sécurité. Fin octobre, son successeur a déclaré que près de 14 millions de personnes, soit environ la moitié de la population yéménite, étaient confrontées aux « conditions préalables à la famine », c’est-à-dire qu’elles dépendaient « entièrement de l’aide extérieure pour leur survie ». La population fait également face depuis l’an dernier à une épidémie de choléra, qui a touché plus de 1,2 million de personnes et fait plus de 2 500 morts, selon l’Organisation mondiale de la santé.
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